Du 15 au 17 septembre 2026, INTERGEO a occupé les halls B5, B6, C5 et C6 de la Messe München, vingt ans après sa dernière venue dans la capitale bavaroise, en 2006. Le salon appartient au DVW, l'association allemande de géodésie, de géoinformation et de gestion foncière, qui organise le congrès ; HINTE Expo & Conference organise l'exposition. Leur bilan commun tient en une formule : « Reale und digitale Welt wachsen zusammen », le monde réel et le monde numérique se rejoignent. Pour les professionnels de la réalité capture, cette convergence se lisait surtout sur les stands : des scanners mobiles qui visent le détail du scanner fixe, du Gaussian splatting presque partout et une intelligence artificielle qui sort du prototype. Voici ce qu'il faut en retenir, en distinguant ce qui a réellement été lancé à Munich de ce qui était simplement exposé.
Le salon en chiffres
Selon le communiqué de clôture du 17 septembre, INTERGEO 2026 a réuni plus de 18 600 visiteurs venus de 121 pays, plus de 530 exposants de 44 pays et 1 250 participants au congrès, originaires de 46 pays, autour de plus de 100 intervenants. La fréquentation se maintient au niveau de 2025 : l'édition de Francfort avait annoncé plus de 18 500 visiteurs de 119 pays, 530 exposants et plus de 1 200 congressistes. Parmi les thèmes, le communiqué place en tête l'IA, et en particulier la GeoAI, devant les jumeaux numériques, la réalité capture, l'observation de la Terre, le BIM et les infrastructures de géodonnées connectées.
Deux nouveautés d'organisation méritent d'être signalées. Pour la première fois, l'ouverture et les keynotes du congrès étaient accessibles à tous les porteurs de billet, et plus seulement aux congressistes. Et le hall C5 accueillait un Reality Capturing Experience Parc, soutenu par NavVis et consacré au mobile mapping, au scan laser, à la photogrammétrie et à la capture numérique, complété par un Reality Capture Hub monté avec le congrès 3DISE. La keynote d'ouverture revenait à Jack Dangermond, fondateur et président d'Esri (« GIS - Creating a More Intelligent World »), suivi d'Aviad Almagor (Trimble) et de Burkhard Boeckem (Hexagon).
Scanners mobiles : le SLAM monte en précision
C'est la catégorie la plus fournie du salon, et le discours a changé : les constructeurs ne vendent plus seulement la vitesse du SLAM, ils mettent en avant sa précision.
- NavVis VLX 4 (annoncé à Munich la veille de l'ouverture) : NavVis le présente comme le premier système de capture porté à atteindre une résolution native de nuage de points de 3 mm. Il embarque trois LiDAR, dont le nouveau Hesai MT, et vise le scan-to-BIM au niveau LOD 350+ ainsi que le relevé des réseaux techniques (MEP).
- NavVis CLX (lancé le 1er septembre, première présentation publique à INTERGEO) : un scanner portatif à double LiDAR pensé pour la documentation courante en grand volume et le scan-to-BIM LOD 200, à un prix que NavVis dit abordable sans le chiffrer.
- XGRIDS Lixel L3 (lancé au salon) : XGRIDS annonce une précision relative « validée » de 5 mm, une précision absolue d'environ 2,5 cm en temps réel grâce au RTK intégré, et trois livrables issus d'une même acquisition : nuage de points en couleurs réelles, maillage et modèle Gaussian splatting.
- Sokkia SRS1 et SRS2 (lancés au salon) : une nouvelle gamme baptisée « Shared Reality ». Le SRS1 s'utilise à la main, en frontal, en sac à dos, sur véhicule ou sur drone ; le SRS2 fusionne plusieurs sources de localisation pour les environnements pauvres en repères ou mal couverts par le GNSS.
- Topcon CR-M2 (annoncé à la veille du salon) : un système de mobile mapping né d'un accord avec GreenValley International, accompagné de nouveaux modules logiciels pour les scanners portatifs CR-S.
- FARO Rovi i.1 (annoncé pendant la semaine du salon) : un scanner mobile co-développé avec Manifold Tech, vendu en forfait matériel et abonnement logiciel, qui associe localisation en temps réel, géométrie, images et Gaussian splatting.
Côté composants, Hesai a officiellement présenté le MT, un LiDAR de 300 g annoncé à 3,5 mm de précision de mesure, que NavVis décrit comme le premier conçu spécifiquement pour la réalité capture. Emesent montrait pour la première fois sur un grand salon européen son GX1, lancé en février, et annonçait son intégration à Trimble Business Center et Trimble Connect.
Une nuance s'impose : ces chiffres sont ceux des constructeurs, pas ceux de tests indépendants. Une résolution native de 3 mm ne garantit pas une précision de 3 mm, et une précision relative de 5 mm ne dit rien de la dérive sur un long parcours sans points de contrôle. Avant de confier à un SLAM un relevé contractuel, demandez un rapport de validation sur un site comparable au vôtre.
TLS : un seul lancement, mais la référence ne bouge pas
Parmi les annonces que nous avons recensées, un seul scanner laser terrestre de relevé a été lancé pendant la semaine du salon : les FARO Focus i.1 et i.1 X, annoncés le 15 septembre et présentés à la fois à INTERGEO et à Autodesk University. FARO revendique une précision de scan d'objet jusqu'à 0,9 mm ; la version i.1 X ajoute un récepteur GNSS/RTK amovible et une portée de 400 m. Le constructeur les accompagne d'un nouveau modèle d'abonnement qui donne accès à sa plateforme Sphere XG et au nettoyage par IA de son logiciel SCENE.
Chez Leica, la nouveauté datait de juin : la série RTC300, RTC500 et RTC700 remplace les RTC360 et les ScanStation P30, P40 et P50, et figurait dans le dossier de presse de Hexagon pour le salon. RIEGL a lancé de son côté le miniVZ-500, un capteur LiDAR 3D compact à poste fixe destiné à la surveillance continue, par exemple le suivi des volumes de stocks, plutôt qu'au relevé classique.
Le scanner fixe reste la référence géométrique des projets exigeants, celle qui sert à contrôler et recaler les relevés mobiles. Ce qui bouge, c'est la frontière entre les deux, que chaque génération de SLAM repousse un peu plus. Nous détaillons les critères de choix dans notre guide TLS ou SLAM : 7 critères pour choisir son scanner 3D.
Gaussian splatting : partout, mais pas encore une géométrie de référence
Déjà très visible à INTERGEO 2025, le Gaussian splatting est devenu en 2026 une sortie standard. XGRIDS le produit directement depuis le Lixel L3, avec son format LCC2 ; Topcon l'ajoute à ses scanners portatifs CR-S par de nouveaux modules MAGNET Bridge ; FARO l'intègre au Rovi i.1. Sur les scènes, Cintoo et Ricoh ont présenté leur façon de repenser la visite de site avec des splats, Terrasolid a montré des splats géoréférencés affichés directement dans la CAO, qui héritent de la classification et de la précision du LiDAR, et un panel consacré au 3DGS s'est tenu le 17 septembre dans le cadre des sessions 3DISE.
Le congrès a apporté le contrepoint utile. Dans son intervention « Gaussian Splats - Mehr als nur eine schöne Visualisierung » (plus qu'une belle visualisation), Norbert Haala, professeur à l'université de Stuttgart, rappelait que les splats restituent des détails fins, des reflets, des objets transparents et des structures minces que les maillages rendent mal, mais qu'ils ne fournissent pas de surfaces géométriques explicites. Ils ne conviennent donc qu'en partie aux applications d'ingénierie qui exigent une modélisation géométrique précise ou une simulation physique. En pratique : le splat pour comprendre et faire comprendre un site, le nuage de points et le maillage pour mesurer et modéliser.
IA : de la classification à l'échelle d'un pays aux agents
L'intelligence artificielle a surtout montré qu'elle passait à l'échelle industrielle. Deux sociétés ont présenté leur travail pour le programme fédéral allemand de jumeau numérique, Digitaler Zwilling Deutschland, piloté par l'Office fédéral de cartographie et de géodésie (BKG) : Flai, sur la classification de nuages LiDAR couvrant 356 794 km² à 40 points par mètre carré, selon un schéma à 12 classes fondé sur la norme ASPRS et étendu à des classes spécifiques, et Pointly, qui a détaillé la classification de plus de 70 000 km² en classes personnalisées.
Dans les logiciels, l'IA s'attaque aux tâches ingrates. FARO annonce pour SCENE 2027 un filtre à base d'IA qui supprime les reflets des vitres et des miroirs, et promet de ramener de plusieurs heures à quelques minutes la génération des nuages de points sur les grands projets. Vexcel dote son logiciel UltraMap d'une nouvelle chaîne de reconstruction fondée sur l'apprentissage automatique pour les modèles numériques de surface et de terrain et les orthophotos.
La frontière suivante, ce sont les agents. Aviad Almagor (Trimble) consacrait sa keynote au passage des données officielles aux « systèmes d'agents », et une session entière croisait IA agentique, géodonnées et BIM, avec notamment BIMgent, qui génère des maquettes de bâtiments en faisant piloter les logiciels par des agents. Boris Skopljak (Trimble) résumait l'étape suivante comme le passage d'outils numériques isolés à des flux « connectés et de plus en plus agentiques ».
Drones et aérien : le résultat avant l'appareil
« The Drone Is No Longer the Point » : le titre de DroneLife, publié pendant le salon, résume l'ambiance. L'attention s'est déplacée de l'appareil vers le résultat, et le drone est devenu une source de données parmi d'autres dans la chaîne géospatiale. Les nouveautés portaient donc surtout sur les capteurs :
- RIEGL miniVUX-4UAV (lancé au salon) : un LiDAR pour drone à 400 kHz, annoncé à 12 mm d'exactitude et 8 mm de fidélité.
- GeoCue TrueView 550 (lancé au salon) : une portée annoncée jusqu'à 2 100 m, jusqu'à un million de points par seconde à 120 m au-dessus du sol et deux caméras de cartographie de 20 Mpx à obturateur global, à un prix que GeoCue dit plus accessible.
- 3DT Scanfly (dévoilé sur son stand) : une tête LiDAR compacte de 64 canaux qui colore nativement les nuages, et une caméra de 48 Mpx à obturateur global.
- Vexcel UltraCam Condor 5.0 (lancé au salon) : une caméra aérienne grand format jusqu'à 83 000 pixels en travers de la bande de vol, attendue au printemps 2027.
RIEGL a par ailleurs reçu le Wichmann Innovations Award 2026, catégorie matériel et logiciel, pour son système aéroporté VUX-820-G.
Flux connectés et scan-to-BIM : le vrai sujet
Si un message a traversé les déclarations des grands sponsors, c'est celui-ci : la capture n'est plus le goulot d'étranglement. « Dans les projets d'infrastructure, nous n'avons pas un problème de volume de données. Nous avons un problème de connectivité », résumait Ralf Mosler (Autodesk) dans le communiqué de clôture. Henning Sandfort (Hexagon, Leica Geosystems) y ajoutait qu'à mesure que ces données alimentent des décisions automatisées, la confiance, l'exactitude et la précision comptent plus que jamais.
Les annonces vont dans ce sens. Emesent relie ses scanners SLAM à Trimble Business Center et Trimble Connect via sa plateforme Aura Cloud. FARO annonce IPX, un service de scan-to-BIM que l'on commande sans quitter Sphere XG. Sur la scène de l'Application Dome, SCAN M2 racontait comment il a industrialisé le scan-to-BIM sur 2 000 projets et un million de mètres carrés, tandis qu'au congrès Jörg Blankenbach (RWTH Aix-la-Chapelle) posait la question « Scan2BIM : où en sommes-nous aujourd'hui ? ». Autre signal : les abonnements se généralisent, du nouveau modèle de FARO pour ses Focus au forfait matériel et logiciel du Rovi i.1. De quoi refaire vos calculs de coût total de possession, que nous détaillons dans Combien coûte vraiment un scanner laser 3D en 2026 ?
Sur le stand ATIS.cloud : ATIS.cad, AXEL et la vidéo 360° Ricoh THETA X
Sur son stand, ATIS.cloud, plateforme française de visualisation et de partage de nuages de points dans le navigateur, illustrait plusieurs de ces tendances. ATIS.cad, son module de CAO et de BIM, travaille directement depuis le nuage de points : Scan-to-Plan pour un plan 2D éditable exporté en PDF, DWG ou DXF, Scan-to-BIM pour une maquette IFC, avec des propositions que l'utilisateur accepte, ajuste ou rejette. Le module est en accès anticipé, sur demande, jusqu'à fin novembre 2026.
AXEL, l'agent IA d'ATIS.cad, reconstruit un plan ou une maquette à partir du nuage de points, puis l'utilisateur vérifie et corrige chaque élément : une déclinaison concrète de l'IA agentique évoquée au congrès, qui garde l'opérateur dans la boucle.
Enfin, ATIS.cloud montrait une capture légère avec une simple caméra 360° Ricoh THETA X : une vidéo filmée en marchant dans le bâtiment suffit à la plateforme pour reconstruire le site en 3D, avec un nuage de points et une visite 360° d'une bulle à l'autre. L'éditeur recommande de filmer en 5,7K à 10 images par seconde, caméra tenue verticalement au-dessus de la tête, en marchant à 2 ou 3 km/h et en refermant ses boucles. Le calcul de Gaussian splatting à partir de ces vidéos est annoncé pour 2027. De quoi documenter un chantier lors d'une simple visite ; pour un relevé contractuel, le scanner laser garde la main.
Notre lecture : ce que cela change pour vos projets
- Le choix entre TLS et SLAM se fait toujours livrable par livrable. Les nouveaux SLAM réduisent l'écart annoncé, mais une précision relative de quelques millimètres ne remplace pas une précision absolue contrôlée. Exigez des rapports de validation et prévoyez des points de contrôle.
- Le Gaussian splatting est un livrable de communication, pas de mesure. Il excelle pour faire comprendre un site à un maître d'ouvrage ; pour coter, modéliser ou simuler, restez sur le nuage de points et le maillage.
- L'IA de classification est mûre, l'IA agentique arrive. Classer des nuages à l'échelle d'un pays relève désormais de la production. Les agents qui modélisent sont prometteurs, à condition de garder une vérification humaine systématique.
- Le coût se déplace vers les abonnements et l'intégration. Chiffrez le coût sur trois ans, logiciels compris, et vérifiez que vos données circuleront entre terrain, bureau et BIM sans conversion manuelle.
La suite : Francfort en 2027, Hambourg en 2029
INTERGEO 2027 se tiendra à Francfort-sur-le-Main du 12 au 14 octobre 2027. Ensuite, la logique change : le DVW a signé le 16 juillet 2026 un partenariat de dix ans avec Hamburg Messe und Congress, qui démarre en 2028. Le salon aura lieu à Hambourg les années impaires, à commencer par 2029 (du 11 au 13 septembre), et les années paires sur deux autres grands parcs d'exposition allemands, en alternance ; le lieu de 2028 n'était pas encore annoncé fin septembre. Le projet présenté en 2024 d'installer INTERGEO chaque année à Francfort à partir de 2028 est donc abandonné.
Sources
Chiffres, citations et caractéristiques sont repris des sources ci-dessous, telles que publiées au 27 septembre 2026. Les performances annoncées par les constructeurs n'ont pas fait l'objet de tests indépendants.
- Organisation et bilan : communiqué de clôture INTERGEO 2026, annonce du Reality Capturing Experience Parc, bilan INTERGEO 2025, entretien avec Rudolf Staiger, président du DVW (GIM International)
- Programme : congrès, scènes de l'exposition, intervention de Norbert Haala
- Scanners mobiles : NavVis VLX 4 et CLX, XGRIDS Lixel L3, Sokkia SRS1 et SRS2, Topcon CR-M2, Hesai MT, Emesent et Trimble
- TLS et logiciels : FARO Focus i.1, Rovi i.1, SCENE 2027 et IPX, série Leica RTC, RIEGL miniVZ-500
- Drones et aérien : DroneLife, RIEGL miniVUX-4UAV, GeoCue TrueView 550, 3DT Scanfly, Vexcel UltraCam Condor 5.0, Wichmann Innovations Award 2026
- Gaussian splatting en 2025 : Geo Week News
- ATIS.cloud : ATIS.cad, filmer en 360° avec une Ricoh THETA X
- Prochaines éditions : DVW, Hamburg Messe und Congress